Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Ecrire le paysage , écrire la défaite

4 Novembre 2016, 13:36pm

Publié par Médiathèque Jules Verne

A partir d'une phrase de Pascal Quignard :

" C'est de l'intérieur de soi que vient la défaite. Dans le monde extérieur , il n'y a pas de défaite. La nature, le ciel, la nuit , la pluie, les vents ne sont qu'un long triomphe aveugle".

Cet atelier d'écriture proposé par Roselyne Cazenave , nous invitait à tisser un texte mêlant la description du paysage à une défaite intérieure. Selon notre choix, le paysage accompagne ou est indifférent.

 

Ici les pins sont aussi verts que ceux des vraies pinèdes. Si vous ne regardez ni les wc installés dans une fausse maison de pays en pierres grises ni les emplacements tracés sur l'asphalte, grands rectangles pour les camions, petits rectangles pour les voitures, vous vous y croiriez presque, dans ces dimanches où des familles étalent des nappes , où ça mange , où ça rit . Mais vous n'y êtes pas. Vous avez perdu. Vous êtes sur sur une aire d'autoroute. Vous n'avez pas perdu votre chemin , ça non ,ce n'est pas possible c'est comme un rail. Vous n'avez pas dit les bons mots à l'ami qui les attendait et maintenant oui c'est un rail ça file sans vous cette voie. Et la la lumière est bien celle des étés qui se joignent pour faire un grand pays d'enfance . Lumière drue, aux prises avec les aiguilles des arbres, doucement réduite en lambeaux .

 

 

Elle est au profond d'elle comme la brume de ce matin d'octobre frisottant la cime des arbres sans se décider vraiment à aller voir plus haut, là où les premiers rayons du soleil commencent à pavoiser.Depuis toujours, c'est là son tourment, rester dans un retrait, un abri de confort relatif, hors regards, sur la voie des véhicules lents des routes pentues de montagne.

Le soleil fendille la brume cotonneuse, la taillade en accrocs mordorés pour l'engloutir tout-à-fait et resplendir enfin.

Où donc est son soleil à elle, ses rayons d'or qui lui donneraient le courage et l'aplomb de sortir de sa brume, d'affronter l'autre, son regard, sans chercher à le fuir, de renoncer à l'ombre et d'être tout simplement elle, tranquille et apaisée enfin, comme ce ciel clair naissant dans ce matin d'automne.

Le verger étend ses branches à la fin du jour,

les poiriers rhumatisants déplient leurs mains vers le ciel rose, rien ne vient jusqu'à lui, assiégé par l'attente de quelque chose qui n'aura pas lieu. Les feuilles et leurs ombres jouent avec la lumière soyeuse à des décors anciens et ciselés, l'attente grésille sous son crâne et tétanise sa pensée et ses nerfs redoublée par sa propre colère à se trouver ainsi assigné. Des chants, des bruits , des trilles d'oiseaux emplissent le début de la nuit, il ne desser -rera pas l'étau de l'absurde position mentale où il s'est échoué.

Il peut rentrer et refermer la porte , rien n'a eu lieu.

 

Commenter cet article