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Ecrire : la solitude en ville

9 Mars 2017, 08:15am

Publié par Médiathèque Jules Verne

Des nouvelles de l'atelier d'écriture  avec quelques textes de janvier ayant pour thème la solitude urbaine

Assis sur le banc, sous l'abri, le long des rails, j'attends le tram. Bien qu'on soit en février, il fait plutôt bon. La douceur me fait somnoler. Je regarde sans le voir un panneau publicitaire sans parvenir à fixer mon attention sur ce qui est écrit. Un bruit de roues qui grincent vient troubler mes pensées.

Un landau bleu, un vieux landau comme celui dans lequel ma mère a pu me promener s'arrête à côté de mes jambes. Dedans, pas de bébé, mais tout un bric-à-brac de vêtements et de choses diverses. Un camping gaz posé en travers menace de tomber et des cartons font office de ridelles.Je n'ose pas poursuivre plus loin l'inventaire. Un vieux bonhomme jovial rallume un mégot qui doit être à sa bouche depuis le matin. Il me regarde. Ses yeux bleus me fixent par dessus ses lunettes.Il se gratte la tignasse sous sa casquette qu'il a dû acheter en même temps que son manteau. Un signe de tête pour dire bonjour. Je lui réponds en bredouillant deux ou trois mots inintelligibles. De sa voix un peu rapée il me dit :

- Va falloir marcher mon gars. Y'a pas de tram. Y font grève...

Les files s'allongeaient aux caisses du supermarché. Un couple devant elle se lamentait grossièrement du peu de caisses ouvertes. Encouragée par ces propos, la vieille dame devant eux se mit à marmonner dans son écharpe. Malgré cela on comprenait les critiques dirigées maintenant contre la caissière, accusée de lenteur, de manque de vivacité. Bientôt ce fut un bruissement de remarques désagréables et de plus en plus audibles. Cependant la caissière, tête penchée, imperturbable dans ses gestes mécaniques ne semblait rien entendre. Elle fut soulagée quand vint son tour. Elle s'apprêtait à avoir un mot d'apaisement. Mais lorsque la caissière leva les yeux sur elle pour lui souhaiter la bienvenue, elle perçut deux petites perles d'eau au bord de ses paupières. Désemparée, elle retint les mots d'empathie qui l'aurait soulagée elle-même de peur que la jeune caissière se mette à pleurer sans retenue.

 

Aujourd'hui c'est dimanche elle a pris un soin particulier à sa toilette : un nuage de poudre de riz de chez Guerlain sur ses joues parcheminées, un rose nacré sur ses lèvres, les cheveux bien tirés dans un chignon soyeux, une nouvelle robe à l'imprimé printanier et des chaussures en cuir au lieu de ses charentaises pourtant si confortables à ses pieds douloureux .

La matinée est passée dans une attente joyeuse, le déjeuné vite expédié pour que son petit appartement soit impeccablement rangé, les tasses à café et à thé sorties et la tarte aux framboises prête à être mangé dans le chahut bienheureux d'un après-midi en famille.

Elle s'endort un peu en attendant 14 heures, s'agace en suivant l'aiguille sur le cadran de l'horloge, s'inquiète, va du salon à la salle de bains vérifier sa coiffure, du judas de la porte d'entrée à la fenêtre sur rue…

Il est 16 heures, aujourd'hui c'est dimanche, les framboises transpirent sur le fond de tarte,

Il est 18 heures, des mèches s'échappent de son chignon soyeux… C'était dimanche aujourd'hui….

 

Les ateliers ont lieu les jeudis de 18h à 20h .

prochaines dates : 16 mars, 13 avril, 11 mai, 15 juin.

 

 

 

 

 

 

 

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Angelilie 09/03/2017 13:58

toujours un plaisir de flâner sur vos pages. au plaisir de revenir